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Le Groënland
(Kalaallit Nunaat)

Cette page reprend le texte de la Documentation Danoise avec plusieurs ajouts de ma part (cartes, photos, données complémentaires etc.)



Géographie

Le Groenland - en danois: Grønland, «terre verte»; en groenlandais: Kalaallit Nunaat prononcé [kala-achlit nouna-at] «terre des hommes» - est la plus grande île du monde, avec une superficie d'env. 2,2 millions de km2, dont 410 000 km2 seulement ne sont pas recouverts par la glace. L'île est située au nord-est du Canada dont elle est séparée de 26 km par le détroit de Davis. Le Groenland est entouré au nord par l'océan Arctique, à l'est par la mer du Groenland, au sud-est et au sud par l'océan Atlantique. Le cap Morris Jesup, situé à l'extrême nord du pays, est le territoire habité le plus proche du pôle Nord puisque 730 km seulement l'en séparent. Le point situé le plus au sud, le cap Farvel, à l'extrémité méridionale du Groenland, est situé à 2670 km du cap Morris Jesup.

L'île est constituée par un fragment d'âge très ancien (époque archéenne ou précambrien vieux de 2,5 milliards d'années) de socle canadien. La calotte glaciaire groenlandaise est la deuxième du monde en importance; elle atteint plus de 3000 mètres de profondeur en son point extrême. Aucun habitant de l'île n'habite sur la calotte, les villes et villages du pays se trouvant tous sur les côtes rocheuses recouvertes d'une petite végétation - la toundra - qui pousse dès la fonte des neiges. Seules des expéditions scientifiques et sportives traversent parfois la calotte glaciaire. À l'exception de quelques vallées abritées du sud du pays, le climat groenlandais est un climat polaire dont la température moyenne reste au-dessous de 10° C pendant le mois le plus chaud de l'année.

La côte Est subit l'influence du courant polaire du Groenland oriental, qui lui vaut d'être recouverte par des glaces de plusieurs mètres d'épaisseur pendant les six mois de l'hiver. La côte méridionale occidentale bénéficie d'un courant relativement chaud qui permet à la mer de rester libre de glaces pendant toute l'année. Ce n'est que dans sa partie la plus méridionale que, pendant les mois de printemps et d'été, l'accès de la côte ouest par la mer est compliqué par les icebergs qui dérivent de la côte Est au sud du cap Farvel. À partir de la baie de Disko et jusqu'au nord, la mer est prise par les glaces pendant les six mois de l'hiver mais navigable pendant quelques'uns des six mois de l'été.

Histoire

D'origine asiatique (Sibérie), des Inuits ont émigré il y a plusieurs milliers d'années en traversant le détroit de Béring et en s'établissant en Alaska et au Canada. Il est probable que le Groenland ait été peuplé dès le IIe millénaire avant notre ère par des peuples inuits venus du Canada par le détroit de Davis. On croit également que des moines irlandais débarquèrent sur l'île vers 870, vivant en ermites ou dans des communautés isolées jusqu'à l'arrivée des Vikings, un siècle plus tard.

Les premières relations du Groenland avec l'Europe établies avec certitude datent de l'époque où les Nordiques s'y établirent, vers 985 après J.-C. Christianisés dès le XIIe siècle, les habitants du Groenland passèrent sous la souveraineté norvégienne de 1261 à 1380. Puis, l'unification des royaumes danois et norvégien les plaça sous l'autorité danoise. Près de 3000 colons vivaient alors sur le sol groenlandais en pratiquant l'élevage et le commerce des fourrures. Toutefois, au début du XVe siècle, les colonies vikings disparurent, à la suite d'un refroidissement climatique. Les Européens perdirent alors tout contact avec le Groenland.

Lorsque la pêche à la baleine prit de l'ampleur en Europe, au XVIe s., les baleiniers faisaient régulièrement escale au Groenland, mais ce ne fut qu'en 1721, après l'installation du pasteur dano-norvégien Hans Egede, que se créa une relation permanente entre le Groenland et l'Europe. C'est la mission de Hans Egede qui est à l'origine de la domination danoise, qui dura 258 ans et dont l'importance est due au monopole commercial acquis par la Compagnie royale du Groenland, le KGH (Kongelige Grønlandske Handel). La souveraineté danoise sur l'île, reconnue dès la fin du XVIIe siècle par les Provinces-Unies et la Russie, fut confirmée par la paix de Kiel en 1814.

Au XIXe siècle, le Groenland fut exploré et cartographié par de nombreux explorateurs et navigateurs, dont Robert E. Peary, qui mena plusieurs expéditions, de 1892 à 1909, sur la côte nord-ouest.En 1910, Knud Rasmussen fonda Thulé et explora le nord du Groenland (1910-1924). De 1930 à 1931, des expéditions britanniques, américaines et allemandes effectuèrent des observations météorologiques au nord du cercle arctique. Par la suite, les Français Paul-Émile Victor (1948-1951) et Jean Malaurie (à partir de 1951) menèrent de nombreuses études scientifiques et surtout ethnologiques.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le Groenland était un territoire fermé dont le niveau de vie restait très bas. En 1906, l'élevage du mouton fut introduit dans le sud du pays et la pêche commerciale y débuta à partir de 1908. En mai 1921, le Danemark décréta que toute l'île était désormais un territoire danois, ce qui créa un contentieux avec la Norvège à propos des droits de chasse et de pêche. Le différend fut porté devant la Cour internationale de justice de La Haye, qui confirma en 1933 les droits du Danemark sur le Groenland.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'occupation allemande du Danemark interrompit les relations de ce pays avec le Groenland et des fonctionnaires en poste au Groenland et à Washington contactèrent les États-Unis qui s'engagèrent à assurer la défense du Groenland ; une base militaire américaine fut établie à Thulé de 1951 à 1952. Après la guerre, un mouvement populaire groenlandais en faveur de la modernisation de la société vit le jour et c'est à dater des années 1950 que furent jetées les bases de l'État-providence qui caractérise le Groenland actuel.

La vie politique

Les Groenlandais furent associés dès 1857 aux processus décisionnels et la loi dite organique de 1908 les dota de conseils communaux et nationaux avec des représentants démocratiquement élus. En 1953, le Groenland devint un département danois, en principe au même titre que les autres départements du Danemark. La résistance groenlandaise contre la politique d'intégration menée par le Danemark contribua à l'instauration du gouvernement territorial en 1979.

Le gouvernement territorial est un régime communautaire avec le Danemark ; il est fondé sur une large autonomie gouvernementale. Le Folketing (le Parlement danois) a conféré pratiquement tout le pouvoir législatif au Landsting (le Parlement groenlandais). Les lois et les décrets concernant les rares domaines qui n'ont pas été pris en charge par le gouvernement territorial sont promulgués par le Folketing et l'administration danoise. Deux des membres du Folketing sont élus au Groenland.

Les membres du Landsting sont élus au minimum tous les quatre ans. Le Landsting désigne le président du Landsstyre (le gouvernement national) et entérine la nomination de ses membres, qui gouvernent le pays. Tous les membres du Landsstyre remplissent la fonction de ministre dans des domaines de compétence donnés.

Le Groenland est divisé en 18 communes dont chacune est dirigée par une municipalité et par un bourgmestre. Ces communes sont responsables notamment de la garde des enfants, de la scolarité primaire, des activités culturelles et de loisirs ainsi que d'une série de services sociaux.

La vie politique, très active, est dominée par trois partis. Le principal est le Siumut qui prône une autonomie très poussée dans le cadre de la communauté avec le royaume du Danemark. Le deuxième en importance, l'Inuit Ataqatigiit, oeuvre en faveur de l'indépendance du Groenland. L'Atassut, soutient une collaboration étroite avec le Danemark est le troisième parti du Groenland.

Relations avec le monde extérieur

Le Groenland et le Danemark assurent concurremment la gestion des ressources minérales, tandis que la politique extérieure, la police et la justice ainsi que la surveillance des eaux territoriales groenlandaises sont assurées par le Danemark. L'État danois est représenté au Groenland par le Commissaire parlementaire : l'Ombudsman.

Le Groenland, qui fait partie du Conseil nordique, a des relations étroites avec les autres pays nordiques. L'économie groenlandaise, la structure de l'habitat, le système de l'éducation et le régime des transferts sociaux offrent de nombreux points communs avec le modèle de l'État-providence scandinave, mais le Groenland entretient également des relations avec le continent nord-américain. Sa participation, en particulier, à la CCI, la Conférence circumpolaire inuit, a contribué au développement de la coopération entre les peuples de l'Arctique, concrétisée notamment par l'établissement du Conseil arctique en 1996.

La population

Le nombre des habitants du Groenland est de presque 56 700 personnes, dont env. 50 000 sont natifs du pays. Le taux d'excédent des naissances étant au-dessous de 10 pour mille, on constate une faible augmentation de la population groenlandaise.

Ce sont les régions centrales du Groenland occidental qui sont les plus peuplées. Sur un total de 57 000 personnes, environ 45 000 (78 %) vivent dans les villes. La ville principale et capitale est Nuuk (en groenlandais) ou Godthåb, (en danois : «bonne espérance»), avec une population de près de 13 000 habitants, essentiellement des Groenlandais (80 %) et des Danois (14,5 %). Les autres villes, soit Qaqortoq (Julianehåb), Maniitsoq (Sukkertoppen), Sisimiut (Holsteinsborg), Paamiut (Frederikshåb), Aasiaat (Egedesminde), Ilulissat, Thulé (Qaanaaq / Avanersuup ) et Tasiilaq (Ammassalik) - pratiquement le seul centre de peuplement de la côte orientale avec le petit village de Ittoqqortoormiit (Scoresbysund) -, comptent au total plus de 31 000 personnes. On dénombre également un peu plus de 130 hameaux habités, stations et centres d'élevage du mouton, qui abritent le reste de la population.

Les bourgades ne possèdent qu'une seule boutique qui offre un choix de produits relativement limité et les possibilités de travail salarié y sont faibles. À l'inverse, un vaste choix est offert aux habitants de nombreuses agglomérations importantes, à la fois en ce qui concerne les produits commercialisés, les écoles et l'éducation, ce qui signifie, en conséquence, que les emplois y sont plus nombreux et plus diversifiés.

Bien que le mode de vie traditionnel soit pécuniairement de moins en moins important, la pêche et la chasse restent une part très importante de la civilisation et de l'identité groenlandaise.

La langue groenlandaise

La plupart des 57 000 Groenlandais - au moins 87 % - parlent l'inuktitut, une langue de la famille eskimo-aléoute . Ce sont donc des Inuits, ce terme signifiant «les humains» ou «les hommes» ou encore plus exactement maintenant «les gens» (singulier inuk: «personne»); en français, le mot Inuit peut se former en Inuits (pluriel) ou Inuite (féminin). Le terme d'Inuit a remplacé depuis plusieurs années le mot Esquimau (ou Eskimo), un nom d'origine amérindienne qui signifierait «mangeurs de viande crue», le nom ayant été repris ensuite par les explorateurs européens.

Les autres habitants du Groenland parlent le danois (env. 5000 locuteurs), soit 8,5 %, ou l'anglais (3,5 %), deux langues germaniques. Fait à noter, les Danois représentaient en 1975 près de 20 % de la population totale du Groenland; leur nombre a considérablement baissé depuis. Dans la capitale (Nuuk), ils formaient 23,7 % de la population locale (13 500 habitants) en 1998.

Les anglophones

Ceux qui utilisent l'anglais comme langue maternelle ne sont pas des Groenlandais ou des Danois, mais des Américains ou des Canadiens résidant généralement à la base militaire de Thulé, située dans le Nord-Ouest . De 1950 à 1980, la Thule Air Base comptait plus de 10 000 membres des services militaires américains. Aujourd'hui, le personnel de base, composé d'Américains, de Canadiens et de Danois, est tombé à seulement deux mille personnes au maximum avec comme mission de détecter tout missile qui pourrait être lancé contre le Canada, les États-Unis et leurs alliés.

L'inuktitut et ses variétés

L'inuktitut parlé au Groenland se compose de trois grands groupes de langues, eux-mêmes se subdivisant en plusieurs dialectes locaux: le kalaallisut (kalatdlissut) ou groenlandais de l'Ouest, l'avanersuarmiutut (avanerssuarmiutu) ou groenlandais du district de Thulé et le tunumiutut ou groenlandais de l'Est (région d'Ammassalik). C'est le groenlandais de l'Ouest qui sert de langue co-officielle avec le danois au Groenland.

Le terme kalaallisut pourrait être traduit par «comme les Groenlandais», mais il sert aussi à désigner la langue groenlandaise de l'Ouest. La variété d'inuit parlé au Groenland correspond à une forme un peu différente de celle parlée par les Inuits du Canada (Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut) et de l'Alaska. Combiné à toutes les variétés du groenlandais - le groenlandais de l'Ouest, le groenlandais de l'Est et le groenlandais de Thulé -, à ceux de l'Arctique occidental canadien - le natsilik, l'inuinnaqtun, l'inuvialuktun - et à ceux de l'Alaska - l'inupiat du Nord, le malimiutun, le qawiaraq et le dialecte de Béring -, ce groupe forme une seule et même langue: l'inuktitut.

Ajoutons que d'autres langues parlées dans le sud-ouest de l'Alaska (États-Unis) et dans la péninsule de Tchoukotka à l'extrême nord-est de la Russie sont étroitement apparentées au groupe inuit. Il s'agit des langues du groupe yupik: le yupik central d'Alaska, l'alutiiq, le yupik sibérien central et le naukanski. On pourrait ajouter le sirenikski, pratiquement disparu, ainsi que l'aléoute (ou aléoutien) parlé dans les îles aléoutiennes du sud-ouest de l'Alaska, ce dernier étant apparenté de façon plus lointaine aux langues précédentes. On obtient ainsi un total de sept langues pour le groupe inuit et de cinq pour le groupe yupik (l'inuit inclus) appartenant toutes à un plus grand groupe appelé groupe eskimo de la famille eskimo-aléoute. Ces langues sont parlées dans quatre pays: la Russie, les États-Unis (Alaska), le Canada et le Groenland.

L'inuktitut (et ses nombreuses variétés dialectales) se caractérise, malgré des différences régionales parfois notables, par un vocabulaire et une grammaire très semblables dans tout l'Arctique. Beaucoup d'Inuits parlent une langue seconde, généralement l'anglais, mais le danois jouit d'une situation bien établie au Groenland.

La langue elle-même

Dans tous les cas, les langues inuites correspondent à des langues dites agglutinantes, c'est-à-dire qu'elles se caractérisent par la juxtaposition après le radical d'affixes distincts pour exprimer les rapports grammaticaux pour construire le sens d'un mot ou d'une phrase. Par exemple, le «mot» pisiniarfimmukarusukkaluarpunga signifie en groenlandais de l'Ouest «je voudrais aller au magasin». Ce mot, qui peut sembler fort long pour un Occidental, se décompose avec le radical et les affixes de la manière suivante:
pisi- («acheter»)
-niar- («avoir l'intention de»)
-fik («lieu» ou «lieu où l'on a l'intention d'acheter»: le «magasin»)
-mut («vers» ou «en direction de»)
-kar- («aller»)
-usup- («vouloir»)
-kaluar- (conditionnel)
-pu- (indicatif intransitif)
-nga (première personne du singulier: «je»).

Les Groenlandais furent les premiers autochtones inuits à utiliser l'écriture, et ce, dès la première moitié du XVIIIe siècle. Ce sont les missionnaires luthériens qui introduisirent une écriture utilisant l'alphabet latin. Au Canada, la langue inuktitut utilise un code écrit de type syllabique, alors que l'inunnaqtun a recours à l'alphabet romain. L'orthographe groenlandaise fut simplifiée en 1973.

Ressources naturelles

Le Groenland possède d'importants gisements de matières premières. On extrayait autrefois de la cryolite à Ivittuut, du charbon à Qullissat, du marbre et plus tard, du zinc, du plomb et de l'argent à Maarmorilik et du zinc, du molybdène et du plomb dans la baie de Mesters Vig. Parmi les autres matières premières qui pourraient s'avérer économiquement rentables, citons les gisements de pétrole situés au large de Nuuk et de la terre de Jameson, dans le Groenland oriental, ainsi que des gisements d'or, de niobite, de tantale, d'uranium, de fer et de diamants. Le premier barrage électrique du Groenland a été construit dans le Buksefjord, au sud de Nuuk.

La chasse

La survie des Groenlandais dépendait traditionnellement de la chasse des mammifères marins et les Groenlandais continuent d'abattre annuellement env. 170 000 phoques, quelques morses et un nombre limité de baleines. La viande de ces animaux est utilisée localement et donne lieu à un commerce et à des échanges considérables ; la seule exploitation commerciale des phoques est la vente des peaux de phoques à la tannerie Great Greenland de Qaqortoq. Les difficultés de vente des peaux de phoque sur le marché mondial ont contraint le gouvernement territorial à subventionner fortement l'achat de ces peaux. Ces dernières années, le marché s'est cependant amélioré considérablement. Moins de cent ours blancs sont abattus annuellement. La chasse est réservée aux résidents groenlandais dont l'activité principale est la chasse et la pêche.

L'abondance des oiseaux est également mise à profit et les Groenlandais chassent le renne, que l'on trouve dans l'ouest du pays, et le boeuf musqué, dans le nord-est du pays et à Kangerlussuaq. La chasse reste une activité importante pour les habitants du nord et de l'est du Groenland, bien qu'elle ne soit plus dominante. En revanche , elle revêt une importance croissante, en tant qu'activité d'appoint et de loisirs, dans les villes comme dans les bourgades.

L'élevage du mouton

Les régions les plus fertiles du sud du pays sont propices à l'élevage du mouton et des champs cultivés permettent de récolter, en été, le fourrage nécessaire à la saison d'hiver. Le droit à la propriété privée n'existant pas au Groenland, ce sont les éleveurs de moutons qui décident collectivement de fixer les conditions d'utilisation des terres cultivables. On abat env. 20 000 agneaux chaque année à Narsaq, mais un grand nombre de moutons sont abattus par les particuliers.

La pêche

Les sels nutritifs provenant de la fonte des neiges et des glaces favorisent, pendant les longs étés ensoleillés, une floraison intense du plancton végétal dont se nourrissent plus de 200 espèces de poissons, de crevettes et de moules. Outre plus de 5 000 petites embarcations, la flotte de pêche groenlandaise comprend env. 300 cotres et env. 25 chalutiers.

La crevette des eaux froides est de loin le principal produit de la pêche au Groenland. La morue, qui dominait autrefois, est actuellement remplacée par le flétan du Groenland. Le sébaste, le loup marin, le flétan de l'Atlantique, le saumon et l'ombre chevalier ont une importance locale.

La pêche industrielle

La majeure partie de la pêche industrielle groenlandaise est gérée par la société Royal Greenland A/S, qui est la propriété du gouvernement territorial. Elle produit principalement des crevettes décortiquées qui sont écoulées sur les marchés du nord de l'Europe. Les chalutiers de la société produisent surtout des crevettes cuites ou crues non décortiquées. Le Royal Greenland A/S est le premier groupe du monde pour le commerce des crevettes des eaux froides. La pêche et les industries qui en dépendent fournissent un peu plus de 6 500 emplois.

Services et échanges commerciaux

Une grande partie du commerce de gros et de détail est du ressort de la compagnie KNI (Kalaallit Niuerfiat, Le Commerce Groenlandais) qui appartient à l'État. Cette entreprise est divisée en deux unités indépendantes, Pisiffik A/S, qui opère dans les dix villes principales du pays, et Pilersuisoq A/S, qui approvisionne les bourgades et les petites villes. KNI détient la moitié env. de toutes les parts du marché, les autres reviennent à Brugsen, chaîne de magasins de la société FDB, et à des commerçants privés. Le commerce et la vente représentent env. 3 500 emplois. La vente directe aux particuliers des produits de la chasse et de la pêche, appelée brædtet (la planche) constitue un maillon important du commerce groenlandais. Des locaux spéciaux, dotés de l'eau et de l'électricité, sont affectés à ce commerce dans les grandes villes, tandis que les petites villes et les bourgades se contentent d'un simple étal en plein air.

Les services et l'administration fournissent plus de 8 000 emplois, et les principaux employeurs sont le gouvernement territorial et le Landsstyre. Une grande partie des emplois sont concentrés à Nuuk. Les dix-huit communes du pays, les écoles et les institutions sociales (maisons de retraite, jardins d'enfants, crèches et centres de loisirs) emploient env. 2 600 personnes. L'administration centrale assure env. 300 emplois.

Commerce extérieur

La majeure partie des produits de première nécessité proviennent des importations. Le commerce extérieur est caractérisé par les échanges avec le Danemark. En 2002, le montant total des importations atteignait près de 2,9 milliards de DKK, tandis que la valeur des exportations était d'env. 2,1 milliards de DKK. Le déficit de la balance commerciale est couvert par le Danemark qui accorde une subvention annuelle de plus de 2,8 milliards de DKK.

Les crevettes constituent 56 % des exportations, auxquelles s'ajoutent celles du flétan du Groenland, du crabe et de la morue. En 2000, le Groenland a renégocié ses relations avec l'UE dans le domaine de la pêche. Le contrat en vigueur de 2001 à 2006 accorde à l'UE une série de droits de pêche contre une compensation annuelle de 320 millions de DKK. Ce contrat exempte également le Groenland de droits de douane sur ses exportations vers l'UE, lesquelles représentent une valeur annuelle d'env. 200 millions de DKK. Les principaux importateurs de la production groenlandaise sont les États-Unis, le Japon, la Norvège, la Thaïlande, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Islande et le Danemark.

Infrastructure

Les villes ont quelques routes, mais ne sont pas reliées entre elles par un réseau routier. Les transports par bateau restent le premier facteur de l'infrastructure groenlandaise. Les transports des marchandises entre le Groenland et le Danemark sont assurés par un service de cargos bien développé, mais les transports des marchandises entre le Groenland et l'Islande et le Canada par exemple sont en hausse. Une partie des transports locaux des voyageurs se fait par bateau, mais la plupart des voyageurs ont adopté les transports aériens. Les lignes aériennes locales sont assurées par des hélicoptères tandis que les lignes reliant les districts et les grandes villes sont assurées par des avions. Les transports aériens ont pris de l'ampleur ces dernières années et des pistes d'atterrissage ont été construites dans plusieurs grandes villes. La plaque tournante du trafic aérien est Kangerlussuaq.

Sécurité sociale et éducation

Le Groenland est doté d'un système de sécurité sociale bien développé mais très onéreux, dont le coût s'élevait, en 2001, à env. 1,7 milliards de DKK. Les principales aides sociales sont les retraites et les pré-retraites, les aides à la formation, l'aide sociale au chômage et les allocations familiales.

L'un des grands objectifs du gouvernement territorial est d'offrir aux jeunes Groenlandais la possibilité de se former sans quitter leur pays. Il existe donc plusieurs centres de formation professionnelle régionaux. Il convient d'y ajouter les lycées de Nuuk, Qaqortoq, Aasiaat et Sisimiut. Des formations de plus haut niveau sont offertes par une école normale d'instituteurs, un centre de formation pédagogique sociale, des écoles de commerce et une petite université (Ilisimatusarfik).

Culture et communications

L'Eglise groenlandaise fait partie de l'Eglise nationale danoise évangélique luthérienne. Le Musée national du Groenland et les Archives de Nuuk remplissent la fonction de musée central du Groenland.

Malgré les distances et la nature du terrain groenlandais, le réseau des communications est bien développé. Le réseau des télécommunications est basé sur une chaîne radiophonique numérique longeant la côte.

La responsabilité des émissions radiophoniques et télévisées groenlandaises incombe à KNR (Kalaallit Nunaata Radioa, Radio Groenland), qui produit des programmes radiophoniques, ainsi qu'un nombre relativement important de programmes télévisés.

La construction de la maison de la culture de Nuuk (1997) a permis la création d'un centre de rassemblement essentiel pour les nombreuses activités culturelles, aussi bien comme point de chute des spectacles venant de l'extérieur que comme centre de la culture groenlandaise actuelle et traditionnelle.

L'art groenlandais a toujours été intimement lié à la nature et aux matériaux fournis par la nature. La pierre de talc et l'os sont des matériaux importants pour les sculpteurs de personnages et de sculptures, dont les représentants principaux sont Christian Rosing (né en 1944) et Aka Høegh (née en 1947). Aka Høegh est aussi l'un des grands peintres du Groenland, comme par exemple Jens Rosing (né en 1925) et Kristian Olsen (Aaju) (né en 1942) ainsi que Kistat Lund (né en 1942) et Naja Abelsen (née en 1964), qui se laissent inspirer par la rencontre de l'homme avec la nature grandiose du Groenland.

Le récit était autrefois un élément central dans la vie des Groenlandais, mais l'introduction de la langue écrite , au XVIIIe s., et la construction de l'imprimerie du Sud-Groenland, en 1857, ont donné de l'importance à l'expression écrite dans la vie culturelle du pays. L'explorateur dano-groenlandais Knud Rasmussen (1879-1933) écrivit des oeuvres littéraires inspirées de la tradition groenlandaises, mais il fut sans doute aussi le plus grand documentariste des légendes et des récits groenlandais, ainsi que du mode de vie des habitants des régions polaires. De nombreux auteurs littéraires, comme par exemple Mathias Storch (1883-1957) et Otto Sandgreen (1914-1999) décrivent les grands changements subis par la société groenlandaise au cours du XXe s., changements qui constituent aussi le thème central de l'oeuvre de plusieurs poètes, comme par exemple Aqqaluk Lynge (né en 1947).

À part le chant traditionnel accompagné du tambour, qui continue d'être pratiqué, l'art vocal a été dominé par la tradition du chant à plusieurs voix, introduite par les membres de la Confrérie des Moraves et exécutée par exemple par la chorale Mik, composée de Groenlandais. La musique est marquée par la musique rythmique, avec des orchestres de rock comme Sume, G-60, Zikaza, Ole Kristiansen (né en 1965) et Rasmus Lyberth (né en 1951).

La danse traditionnelle accompagnée du tambour a plus ou moins été remplacée par les activités plus modernes de groupes de comédiens amateurs qui se concentrent sur des problèmes actuels tout en intégrant les expressions ancestrales traditionnelles c'est-à-dire les masques et la peinture du visage. Le groupe théâtral Silamiut occupe une place centrale dans ces activités.

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